Somewhere, by Laurence Cornet
Le Journal de la Photographie


Dans un petit ouvrage délicat a la couverture moelleuse comme un écrin, Andres Gonzalez a compilé des photographies de lieux indéfinis et d’un temps indéterminé. L’espace et la temporalité se déploient dans les limites d’un reve, vastes et vagues. Leur parcours entraine dans un monde lointain, comme celui chanté par Judy Garland, chaque image se succédant dans une harmonie émotionnelle des couleurs et des motifs. Aucun texte ne vient interrompre ce voyage que chaque lecture mene ailleurs. La traversée se fait les yeux grands ouverts en piochant dans ces photographies chargées de références et de sentiments variés, parfois conflictuels. S’en dégage une sérénité que la texture du papier ne rend que plus douce, invitant de nouveaux sens a l’expérience. Quelques interstices, courts portfolios aux dimensions réduites, donnent une ondulation a l’ensemble, suivant la forme des vagues carressantes que survole une mouette en début et fin d’ouvrage. Ce symbole, auquel répondent des vues d’avion, encadre le livre et définit un champ, celui d’un voyage flou, incertain, illimité, celui du voyage. On peut alors faire défiler les pages dans le sens inverse, moins vol retour vers une destination connue que nouvelle exploration. Si l’on détaille les images, elles sont chargées d’une présence humaine, directe ou suggérée, et d’indices des lieux explorés par Andres Gonzalez au cours des dix dernieres années. Le changement de taille des pages, escales dans ce parcours méditatif, impose une certaine attention, souvent éveillée par des photographies monochromatiques. Les paysages et ceux qui les peuplent s’animent délicatement sous l’effet de ces séquences visuelles, imaginées par le designer SYB. Les portraits ne sont jamais pénétrants, intrusifs, le seul regard frontal de l’ouvrage étant celui, bas, d’un chien assis sur le rebord extérieur d’une fenetre. Ce point de vue subjectif et invisible que chacun s’approprie résulte d’un exercice d’abstraction documentaire, aérien, auquel il est rare d’etre exposé.

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In a small and delicate book with a cover soft like a jewel case, Andres Gonzalez has compiled photographs from indeterminate places and indefinite times. Space and temporality spread out within a vast and vague dream. Their path leads to a far-off world, like the one Judy Garland sang of. The photographs come one after the other in an emotional harmony of colors and patterns. No text interrupts this journey. Each reading leads to a new place, and is performed with eyes wide open. These photographs are charged with various and conflicted feelings. They exude a serenity that the texture of the paper only makes more gentle, inviting the reader to experience new things. Brief portfolios with reduced dimensions create an undulation throughout the book, like the shape of the caressing waves overflown by a seagull at the beginning and end of a book. This symbol, which corresponds to shots taken from an airplane, frames the book and defines it as an uncertain and unlimited journey. It can be read in reverse, less a return flight to a known world than to an unexplored land. Attempting to describe the images, these layovers in a meditative journey, requires a certain attention, often aroused by monochromatic photographs. The landscapes and their inhabitants come alive through these visual sequences, imagined by the designer SYB. The portraits are never penetrating, intrusive, and the only head-on image in the book is that of a dog sitting on the ledge of a window. This subjective and invisible perspective, appropriated by each reader, results in an exercise of documentary and aerial abstraction. Something that is rare to see.

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